Lors du Conseil communal de ce jeudi soir, la nouvelle majorité écolo-socialiste a présenté son programme de législature 2018-2024. Comme Chef de file de l’opposition, j’ai insisté sur nos priorités pour garantir le bien-être de TOU(TE)S les Ixellois(es) et j’ai pointé nos nombreuses inquiétudes notamment en termes d’impôts (après 12 ans de trêve fiscale), de logement (rien pour la classe moyenne, droit de préemption public,…) ou encore de mobilité (pas une ligne sur le métro, suppression de parkings,…). Avec mes collègues, nous avons rappelé qu’il ne fallait pas faire miroiter la lune aux Ixellois(es) en rasant gratuit et que le nouveau Collège devait avoir un discours-vérité sur la multitude de projets coûteux qu’il proposait (création de 5 parcs, multiplication des zones apaisées, rénovation des bâtiments scolaires, nouveau stade, gratuité des repas,…). Pour le groupe MR : « le développement durable d’Ixelles ne doit pas être synonyme d’endettement durable ! »

Retrouvez ci-dessous l’intégralité de mon intervention :

Monsieur le Bourgmestre,
Mesdames et Messieurs les Échevins,
Mesdames et Messieurs, Cher(e)s collègues,

Il existe deux types d’oppositions : celle qui s’inscrit dans la logique des invectives et des affrontements stériles, qui s’oppose pour s’opposer et ne contribue jamais à aucune réforme ; et puis il y a celle qui s’oppose de manière constructive, pragmatique et qui est résolument attachée à dégager des avancées au bénéfice des citoyennes et des citoyens.

Dès le lendemain des élections communales, le groupe MR a eu à cœur d’affirmer qu’il ne se rangera pas derrière les caricatures ni les critiques systématiques. En tant que Chef du groupe libéral au Conseil communal, je réitère et confirme notre éthique de la responsabilité et notre souci de promouvoir l’intérêt général, l’intérêt de toutes les Ixelloises et de tous les Ixellois.

Monsieur le Bourgmestre, nous sommes pour la réussite d’Ixelles ! Des Conseillers communaux qui s’opposent et qui critiquent, oui, mais il y a aussi des choses à bâtir ! 

Les élus libéraux incarneront une autre forme d’opposition : celle qui propose, qui débat et soutient la réflexion collective, éventuellement en appui de la majorité, chaque fois que les orientations iront dans un sens que nous considérerons être le bon.

Ce positionnement trouve écho dans bon nombre de priorités qui sont portées dans votre note d’orientation politique. Vous avez raison : Ixelles doit se situer à l’avant-garde du défi environnemental et de l’amélioration générale du cadre de vie de ses habitants… Vous avez raison : l’accès au logement, souvent difficile, est un défi particulièrement important dans notre commune. Vous avez raison : il faut lutter contre la dualisation. Vous avez encore raison : l’exigence légitime des citoyennes et des citoyens en termes de bonne gouvernance, d’éthique et de transparence doit être suivie d’actions concrètes et à tous les niveaux. 

Nous n’aurons donc aucun problème à saluer les avancées qui seraient engrangées ces 6 prochaines années.

Pour autant, et vous vous en doutez, votre note d’orientation politique n’est pas exempte d’éléments pour lesquels nous avons un certain nombre de réserves, voire de réels regrets ou des inquiétudes à exprimer… 

En premier lieu, vos priorités reposent très souvent sur l’intervention directe des pouvoirs publics communaux. C’est notamment le cas en matière d’accroissement du parc de logements publics et de kots publics étudiants, de création de maison des habitants ou encore de rachat d’immeubles ou de cellules commerciales vides pour favoriser la mixité commerciale.

Vu le prix de l’immobilier qui atteint des sommets stratosphériques dans notre commune, toutes ces opérations annoncées auront in fine une énorme incidence sur les dépenses à charge des Ixelloises et des Ixellois.

Cette hausse des dépenses est indubitable avec la création de 5 nouveaux parcs, la multiplication de l’aménagement de zones apaisées, l’installation au minimum de 100 boxes ou parkings vélos sécurisés ou encore la mise en place d’un grand programme de rénovation de nos bâtiments scolaires.

Tout cela est au programme… Tout comme le sont encore l’offre à tous les élèves d’un repas de midi gratuit ou à prix modique de qualité, la rénovation du domaine de Basse-Wavre ou du stade communal d’Ixelles.

Toutes ces mesures sont certes fort intéressantes et nous n’aurons pas de difficulté à soutenir bon nombre d’entre elles. Pour autant, elles seront aussi fort coûteuses ! Dès lors comment comptez-vous les agencer en termes de calendrier de réalisation et surtout les financer ?

Grâce à notre gestion saine, rigoureuse et responsable ces 12 dernières années, et ce sans toucher ni à la fiscalité ni au portefeuille de nos concitoyens, vous avez hérité d’un budget communal en l’équilibre. Ce qui, pour mémoire, était très loin d’être gagné après le gouffre à combler suite à votre gestion de 2001 à 2006. Toutefois, ce budget semble largement insuffisant face aux nombreuses propositions coûteuses que vous enfilez comme des perles, presque avec légèreté, en ne disant presque rien sur les marges nouvelles qui devront être mobilisées. Tout au plus, il est stipulé que le budget communal sera géré « avec rigueur, transparence et responsabilité, en soutien maximal de son projet pour les Ixellois.es ».

Monsieur le Bourgmestre, Mesdames et Messieurs les Echevins, comment allez-vous trouver les moyens de vos ambitions ? Quelles sont donc les recettes nouvelles qui devront porter vos projets ? Je ne peux pas cacher cette crainte profonde d’une tentation du laisser-aller budgétaire qui serait une catastrophe pour les ménages et les commerces qui, finalement, devront payer la note ! Le développement durable d’Ixelles ne doit pas être synonyme d’endettement durable ! 

Quelles sont vos garanties à ce sujet ? Pour les citoyennes et les citoyens qui auraient lu votre déclaration, ils constateront avec stupéfaction que la question essentielle des ressources communales se limite à 8 modestes propositions ; à savoir un chapitre aussi long que celui que vous consacrez à l’espace public non soumis à l’emprise publicitaire, posture tout à fait idéologique et dénuée de toute nuance, qui induit d’ailleurs, de son côté, une perte de revenus !

Monsieur le Bourgmestre, Mesdames et Messieurs les Échevins, vous avez le devoir du discours de vérité sur le financement global de votre projet. Celui-ci ne peut pas reposer sur des hypothèses de travail avec le risque de compromettre la bonne santé des finances communales dont vous avez héritées. Il ne faut pas faire miroiter la lune aux Ixelloises et aux Ixellois en rasant gratuit ! C’est trop facile…

Notre question est simple : quels sont vos objectifs en termes budgétaires et financiers ? Où allez-vous trouver les marges complémentaires ? Quels sont les éventuels transferts d’enveloppes retenus au niveau des politiques communales ? Comment allez-vous être créatifs sur le plan des financements alternatifs ? Ayez le discours de vérité !

J’aimerais aussi aborder la question fondamentale du logement dans notre Commune. Vous écrivez noir sur blanc vouloir lutter contre la dualisation de notre commune. Vous avez entièrement raison ! La Région bruxelloise perd en moyenne chaque année près de 30.000 habitants, lesquels cherchent un logement abordable en Flandre et en Wallonie. Il est évident qu’Ixelles contribue à cette dualisation, à cet exode massif des classes moyennes hors de Bruxelles. Ixelles devient une « commune de transit » où les jeunes diplômés et les jeunes ménages s’établissent, s’y sentent fort bien, veulent y vivre et y faire leur vie, « résistent », jusqu’au moment où ils doivent capituler face à cette réalité du logement inabordable. 

Malgré votre volonté affichée dès les premières pages d’enrayer cette spirale négative de dualisation et de fuite de la classe moyenne, nous devons constater assez amèrement que le curseur, dans votre politique de logement, est essentiellement mis sur le logement social. Bien sûr qu’il en faut, évidemment, et ce n’est certainement pas moi qui vous direz le contraire ! Mais que faites-vous, que proposez-vous concrètement comme solution à cette classe moyenne réputée « trop riche » pour entrer dans les critères du logement social et « pas assez aisée » pour acheter durablement un bien ? Malgré vos annonces et la dénonciation de la dualisation, nous avons le sentiment que c’est justement cette catégorie de la population ixelloise que vous oubliez, dont vous ne parlez que trop peu ! Votre programme ne soutient pas suffisamment la mixité sociale qu’il prétend pourtant porter !

Que pouvez-vous dire, Monsieur le Bourgmestre, à ces jeunes qui démarrent dans la vie après de longues études et veulent vivre à Ixelles ? 

Quelles sont donc les solutions concrètes que vous entendez leur fournir pour pouvoir accéder à un logement de qualité et, surtout, abordable ? Des conventions d’occupation précaire ? Allons !

Les chantiers publics sont longs et complexes à mettre en œuvre, les logements sociaux leur sont inaccessibles, les marges budgétaires sont limitées. Quid des solutions à court et moyen terme ? La communication de la grille des loyers régionale ? Allons !

Comme vous, nous ne voulons pas d’une commune dualisée où vivent uniquement les moins favorisés d’une part et les plus nantis d’autre part. Comme vous, nous voulons qu’Ixelles offre sa place à tout un chacun, mais votre projet est trop flou et imprécis sur la manière dont vous allez répondre à ce défi… Or, il est capital pour notre commune que la classe moyenne s’y installe, s’y développe et surtout s’y maintienne ! 

Et nous ne parlons même pas ici de l’absence de solutions concrètes pour augmenter le nombre de places dans les crèches, qui est pourtant aussi un enjeu fondamental pour ce public et pour toutes ces familles ! 

A vrai dire, nous avons parfois l’impression que vos priorités prennent des accents tout à fait contraires à ces objectifs… Pour ne citer qu’un exemple, pourquoi vouloir étendre les périmètres de préemption par les autorités communales plutôt que de donner positivement un coup de pouce aux nouveaux Ixellois(es) qui ont réussi à trouver le logement de leur choix pour s’installer durablement dans notre commune. On n’a jamais gagné la bataille du logement en opposant les acteurs ! 

J’en viens enfin au dernier point de mon intervention : la mobilité, la liberté de se déplacer, qui vous est certainement aussi chère qu’à nous.

Nous devons reconnaître la constance du discours de la composante écologiste du Collège pour ce qui concerne l’absence de soutien au développement du métro bruxellois. Pas une seule fois ce mode de transport de masse n’est évoqué dans votre note d’orientation politique alors qu’il y a un consensus très large au niveau régional et fédéral pour le promouvoir comme solution durable face à la congestion des voiries en surface, avec la pollution qu’elle engendre.

Je regrette que les mandataires socialistes, signataires d’une motion sur l’extension du métro à Ixelles, votée en 2012 au sein de notre Conseil communal et portée par le groupe libéral, n’ait pas eu le courage d’y faire référence de manière très explicite. 

Au moment où nous assistons enfin à un véritable fédéralisme de coopération, sur le développement du métro avec la ligne Nord, il nous semble fort regrettable que des jalons communaux ne soient pas déjà posés au niveau du projet Sud du métro. La concertation sur un dossier capital pour notre Région et Ixelles doit être initiée dès à présent ! Quel tracé souhaitons-nous ? Quelles sont les zones qui seraient les plus adaptées ? Quel serait l’impact positif notamment pour les commerces, mais aussi pour la santé des Ixelloises et des Ixellois ? Autant de questions qui mériteraient d’être investiguées dès demain… Nous, Ixellois, devons savoir ce que nous voulons.

Monsieur le Bourgmestre, comment expliquez-vous cette carence ? Pourquoi n’entendez-vous pas soutenir le métro, lequel relierait le Centre de la Ville aux campus de l’ULB et de la VUB, en desservant les places Fernand Cocq et Flagey ? 

A l’inverse, la promotion du vélo est à ce point importante que l’on se demande si vous envisagez de contraindre tous nos concitoyen(ne)s à se convertir au monopole de la petite reine…

Evidemment, le vélo peut être utile, il répond à des attentes fortes de bon nombre d’Ixellois(es) mais ce sont tous les modes de transport qu’il faut soutenir, à la même échelle !

Nous libéraux, n’opposons pas les usagers ni les modes de transports, comme vous le faites par exemple en voulant réduire le parking déjà trop rare pour les Ixellois(es). Il faut que chacun puisse se déplacer en fonction de sa situation et de ses propres réalités. Un Ixellois peut dans la même journée être piéton, cycliste, usager de la STIB et automobiliste. On va rarement faire ses courses de la semaine pour une famille en trottinette électrique comme l’on ne peut contraindre un parent gérant seul ses enfants en bas âge à jongler entre crèche, école, pédiatre et psychomotricité en vélo… Un peu de pragmatisme et moins d’idéologie !

Les 3 points évoqués ne sont pas indépendants les uns des autres, au contraire, ils participent ensemble à une dynamique globale qui, si elle est mal gérée, pourrait avoir des effets dévastateurs pour notre commune. 

Si nous n’avons pas de solutions concrètes pour le logement et la mobilité, si nous sommes incapables de mobiliser les recettes nécessaires aux politiques sociales, environnementales ou encore culturelles qui doivent améliorer le cadre de vie des Ixelloises et des Ixellois, nous risquons de foncer dans le mur : la dualisation communale et l’endettement du trésor public ! Bon nombre de communes en difficulté ont été exposées jadis à des risques similaires, lesquels n’ont pas été gérés à temps…

Monsieur le Bourgmestre, Mesdames et Messieurs les membres du Collège, le groupe MR croit en la sincérité de vos engagements, il doute néanmoins de votre méthodologie et de certaines de vos propositions.

Nous aurions pu vous accorder le bénéfice du doute mais c’était sans compter sur les projections budgétaires à 3 ans, lesquels ne convainquent guère. Il vous reste un peu moins de 6 années pour mieux faire, nous vous souhaitons bonne chance.

Gautier Calomne
Chef de groupe MR au Conseil communal d’Ixelles

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